Marco Pantani est l'un des coureurs les plus spectaculaires des années 1990. Crâne rasé, bandana coloré, style d'attaque flamboyant — il était le grimpeur que tout le monde voulait voir. Il a réalisé le doublé Giro-Tour en 1998. Mais sa fin a été tragique : mort seul dans une chambre d'hôtel à 34 ans.
L'enfance italienne
Marco Pantani naît le 13 janvier 1970 à Cesenatico, en Italie. Sa famille est modeste. Son père tient une crémerie. Marco est petit, fragile, malingre. Il commence le vélo enfant, par les courses dans son petit village.
Il est doué pour la montagne. Très tôt, dans les courses cadets, il bat les autres dans les ascensions. Il est petit (1m72), maigre (57 kg en course), avec des jambes minces mais incroyablement fortes.
À 17 ans, il rejoint un club professionnel. À 22 ans, il passe professionnel chez Carrera. C'est sa carte d'entrée dans le grand cyclisme.
Le Giro 1994 — Premier exploit
À 24 ans, Pantani participe à son deuxième Giro d'Italia. Il y livre déjà des attaques mémorables. Il se classe deuxième.
Mais c'est en 1995 que tout commence. Au Tour de France, il gagne deux étapes de montagne. Il se classe troisième. À 25 ans, il devient l'un des grands espoirs italiens.
La chute terrible — 1995
Le 18 octobre 1995, Pantani est victime d'un accident grave. Lors d'une course en Italie (la Milan-Turin), il chute violemment dans un descente. Multiples fractures. Hospitalisation longue. Sa carrière est en danger.
Il met près d'un an à revenir. Mais quand il revient, il est encore plus fort. La chute n'a pas brisé son talent.
Le sacre 1998
1998 est l'année magique de Marco Pantani. Il gagne d'abord le Giro d'Italia avec une domination écrasante. Il est en pleine forme.
Puis il participe au Tour de France, dans le contexte tumultueux de l'affaire Festina. Le Tour est perturbé par les contrôles, les abandons, la grève des coureurs. Mais Pantani est focus.
Le 27 juillet 1998, dans la 15ème étape, il livre l'un des exploits les plus mémorables de l'histoire du cyclisme. Sous une tempête de pluie et de neige fondue, il attaque dans le Galibier et roule 80 km en solitaire. Il prend 9 minutes au peloton.
Il arrive aux Deux Alpes en patron. Il prend le maillot jaune. Quelques jours plus tard, à Paris, il remporte le Tour 1998 avec 3'21 d'avance sur Jan Ullrich.
Il est le premier Italien à gagner le Tour depuis 1965 (Felice Gimondi). Et le premier coureur à réaliser le doublé Giro-Tour depuis Stephen Roche en 1987.
L'icône Pirate
Le surnom "Pirate" lui vient de son look. Crâne rasé, bandana coloré (souvent rouge ou bleu), boucle d'oreille à l'oreille gauche. Il ressemble à un personnage de bande dessinée.
Mais ce look est aussi un symbole. Pantani veut être différent. Il refuse les cheveux longs des coureurs italiens classiques. Il refuse le look bourgeois. Il est un "Pirate", un rebelle du cyclisme.
Les fans italiens adoptent le look. Aux étapes du Giro et du Tour, on voit des centaines de fans avec des bandanas et des crânes rasés. C'est une ferveur unique.
L'exclusion du Giro 1999
Le 5 juin 1999, lors du Giro d'Italia, Pantani est en train de gagner le maillot rose. Il a 1 minute 30 d'avance sur le deuxième. Il est à deux étapes de la victoire finale.
Mais le 5 juin, après l'étape de Madonna di Campiglio, son hématocrite est mesuré à 52%. La règle UCI exclut tout coureur dont l'hématocrite dépasse 50%. Pantani est exclu du Giro "pour raison de santé".
C'est un séisme. Pantani jure son innocence. Il prétend que c'est une erreur, que c'est dû à une mauvaise hydratation. Mais l'évidence est là : son hématocrite anormalement élevé est probablement le résultat d'une transfusion sanguine ou d'EPO.
La descente aux enfers
L'exclusion du Giro 1999 est le début de la fin pour Pantani. Il sombre dans la dépression. Il prend de la cocaïne. Il s'enferme.
Il essaie de revenir en 2000. Au Tour de France, il livre un dernier exploit : il gagne au sommet du Mont Ventoux, devançant Lance Armstrong. Mais Armstrong aurait "laissé" la victoire à Pantani, geste que le Pirate prend mal. "Il s'est moqué de moi", dira-t-il plus tard.
Il ne gagnera plus jamais une étape du Tour. Sa carrière s'effondre. La cocaïne devient un problème majeur. Il fait des séjours en clinique. Sa famille tente de l'aider. En vain.
La mort
Le 14 février 2004, Marco Pantani est retrouvé mort dans une chambre d'hôtel de Rimini. Il avait 34 ans. Cause du décès : surdose de cocaïne. Il était seul.
L'Italie est en deuil. Des dizaines de milliers de personnes assistent à ses funérailles dans son village natal de Cesenatico. Le Pirate est enterré près de la mer.
Les soupçons et la vérité
Pantani a toujours nié le dopage. Mais les preuves sont là :
- Hématocrite à 52% en 1999
- Echantillons sanguins suspects pendant le Tour 1998
- Connections avec le docteur Eufemiano Fuentes (révélées plus tard)
Dans le rapport du procès posthume sur le dopage du Giro 1999, il est apparu que Pantani avait bien utilisé des produits dopants. Comme la plupart des coureurs de son époque.
Mais le talent existait aussi. Et l'attaque du Galibier 1998 reste, malgré tout, l'une des plus belles de l'histoire du cyclisme.
L'héritage
Marco Pantani est aujourd'hui une figure mythique du cyclisme italien. Plus que ses victoires (Giro 1998, Tour 1998), c'est son look, son style, sa personnalité qui restent.
Plusieurs courses portent son nom. Un musée à Cesenatico est consacré à sa mémoire. Sa famille (sa mère Tonina) milite pour sa réhabilitation : "Marco n'était pas un dopé", dit-elle. "Il était un grand champion."
La vérité est sans doute entre les deux. Pantani était un dopé, comme tous les coureurs de son temps. Mais il était aussi un grand champion, avec un talent unique pour la montagne.
Les images du Galibier 1998 restent. Le Pirate dans la pluie, drapé dans sa cape ouverte, montant à un rythme infernal. Cette beauté-là, le dopage ne peut pas la lui retirer.