Le 27 juillet 1986, Greg LeMond devient le premier Américain de l'histoire à remporter le Tour de France. C'est un événement historique qui marque le début de l'ère mondialisée du Tour, longtemps dominé par les Européens.

L'enfance américaine

Greg LeMond grandit en Californie, puis dans le Nevada. À 14 ans, son père l'emmène au Tour de France comme spectateur. C'est le déclic. "Je veux faire ça", dit le jeune Greg.

Il commence à courir. Il gagne les championnats du monde juniors en 1979. À 18 ans, il rejoint l'équipe française Renault-Elf de Bernard Hinault, qui le prend sous son aile. C'est inhabituel : un Américain dans une équipe française. Mais Hinault flaire le potentiel.

La progression

LeMond progresse vite. Il gagne le championnat du monde sur route en 1983, à 22 ans. C'est le premier Américain champion du monde.

En 1985, il est lieutenant de Hinault dans l'équipe La Vie Claire. Il aurait les jambes pour gagner le Tour. Mais il aide Hinault, qui le promet : "L'année prochaine, ce sera ton tour."

Le Tour 1986

L'année 1986 commence avec une certitude : LeMond va gagner. Hinault l'a promis. Mais dès la première semaine, Hinault attaque. Il prend du temps à LeMond. La promesse semble brisée.

Dans les Pyrénées, LeMond riposte. Il attaque dans une étape, il prend du temps à Hinault. Les deux coureurs de la même équipe se livrent une guerre fratricide.

À l'Alpe d'Huez, ils franchissent la ligne main dans la main, dans un geste apparent de réconciliation. Mais Hinault prévient ensuite : "Le Tour n'est pas fini."

La victoire

Malgré la pression de Hinault, LeMond tient bon. À Paris, il franchit la ligne en jaune avec 3 minutes 10 sur Hinault. C'est sa première victoire au Tour de France. Et la première d'un Américain.

L'événement est historique. La presse américaine, peu intéressée par le cyclisme jusqu'alors, fait des unes. "American conquers Tour de France". Le sport cycliste devient soudainement attractif aux États-Unis.

L'accident

Mais LeMond n'a pas le temps de profiter de sa victoire. En avril 1987, alors qu'il chasse en Californie avec son frère, il est victime d'un accident grave : son frère lui tire dessus accidentellement. Il reçoit 60 plombs dans le corps, dont plusieurs dans le cœur et le foie.

Les médecins le donnent pour mort. Il survit miraculeusement. Mais sa carrière est en danger. Il rate les Tours 1987 et 1988.

Le retour

En 1989, LeMond revient. Il est dans une équipe modeste (ADR). Personne ne croit en lui. Il a perdu beaucoup de poids, beaucoup de force. Mais il vise le Tour.

Le 23 juillet 1989, à Paris, dans le contre-la-montre final, il renverse Laurent Fignon pour 8 secondes. C'est l'un des plus dramatiques retournements de l'histoire du Tour. Sa deuxième victoire.

En 1990, il gagne son troisième Tour, devançant Claudio Chiappucci.

L'héritage

Greg LeMond est le premier Américain à avoir gagné le Tour. Et le seul américain officiel (Lance Armstrong est déchu de ses sept victoires). Avec ses trois Tours (1986, 1989, 1990), il appartient au cercle restreint des grands vainqueurs du Tour.

Il est aussi l'un des premiers cyclistes à pratiquer une approche scientifique de l'entraînement : analyse de la puissance, contrôle de la nutrition, planning précis. Il a importé des Américains au cyclisme une rigueur méthodologique qui a influencé tout le sport.

Il a aussi été l'un des premiers à dénoncer publiquement Armstrong. Bien avant les enquêtes officielles. Pour ses dénonciations, il a été ostracisé par l'establishment américain du cyclisme. Lance Armstrong, plus puissant à l'époque, a fait pression pour l'écarter.

Mais LeMond a tenu bon. Aujourd'hui, à 63 ans, il est respecté comme l'un des grands champions du cyclisme moderne. Et comme un homme intègre qui a refusé de se compromettre. Le premier Américain à gagner le Tour. Le seul Américain officiel à porter la couronne.