Entre 1991 et 1995, Miguel Indurain accomplit l'impossible : cinq victoires consécutives au Tour de France. Avant lui, Anquetil, Merckx et Hinault avaient gagné cinq Tours, mais avec des intervalles. Indurain est le seul coureur à les enfiler. Un record absolu qui n'a jamais été égalé.

Le coureur unique

Miguel Indurain n'est pas un coureur classique. À 1m88 et 80 kg, il est trop grand et trop lourd pour un grimpeur. Il devrait perdre du temps en montagne, comme tous les coureurs imposants. Mais il a une particularité physique unique : sa capacité pulmonaire est de 8 litres (contre 6 pour un athlète de haut niveau classique). Son cœur bat à 28 pulsations par minute au repos.

Cela lui donne une endurance exceptionnelle. Il peut maintenir un effort quasi-maximal pendant des heures sans s'effondrer. C'est l'arme secrète d'Indurain.

La méthode

La stratégie d'Indurain est unique : il n'attaque presque jamais en montagne. Il monte à son rythme, fait l'écart minimal pour ne pas perdre, et gagne tout dans les contre-la-montre.

Dans les CLM, Indurain est intouchable. Il roule à 50 km/h de moyenne. Il met systématiquement 2-3 minutes aux meilleurs grimpeurs. Et tant qu'il limite la casse en montagne, il garde son maillot jaune.

1991 — Le premier sacre

Le Tour 1991 est gagné par Indurain pour la première fois. Il prend le maillot jaune dans l'ascension de Luz Ardiden après une attaque dans la descente du Tourmalet. À Paris, il a 3'36 d'avance sur Gianni Bugno.

1992 — La confirmation

Le Tour 1992 confirme. Indurain prend le maillot jaune dans le contre-la-montre du 9ème jour. Il le garde jusqu'à Paris. Il bat Claudio Chiappucci de 4'35.

1993 — Domination écrasante

Le Tour 1993 est l'une des plus belles démonstrations d'Indurain. Il roule le contre-la-montre du Lac de Madine à 49 km/h sur 59 km. Il met plus de 2 minutes au deuxième. À Paris, c'est 4'59 d'avance sur Tony Rominger.

1994 — Le quatrième

Le Tour 1994 est gagné encore plus facilement. Indurain bat Piotr Ugrumov de 5'39. Cette année-là, il établit aussi le record de l'heure : 53,040 km. Performance qu'il aurait pu améliorer s'il avait poussé. Mais il s'est contenté de battre le record précédent.

1995 — Le cinquième

1995 est l'année du record absolu. Indurain remporte son cinquième Tour consécutif. Personne, jamais, n'avait fait ça. Il bat Alex Zülle de 4'35 à Paris.

À 31 ans, Indurain semble parti pour gagner encore plusieurs Tours. Mais 1996 sera différent.

L'effondrement de 1996

En 1996, Indurain a 32 ans. Il est moins frais. Et l'équipe Telekom de Bjarne Riis et Jan Ullrich met en place un programme spécial pour le déstabiliser.

Dans la 7ème étape, dans la montée des Arcs, Indurain craque. Il perd 4 minutes sur Riis et Ullrich. Le Tour est perdu. Il abandonnera le Tour 1996.

Ce sera son dernier Tour. Il prend sa retraite à la fin de la saison, à 32 ans.

Le palmarès

Miguel Indurain a gagné :

  • 5 Tours de France (1991, 1992, 1993, 1994, 1995)
  • 2 Giros d'Italie (1992, 1993)
  • 1 Championnat du Monde de CLM (1995)
  • Le record de l'heure (53,040 km en 1994)
  • 1 médaille d'or olympique (CLM, 1996 — sa dernière course professionnelle)

Le style controversé

Le style d'Indurain a été contesté par certains observateurs. Il était "trop calculateur", "pas assez attaquant", "ennuyeux à regarder". Il manquait le panache d'un Pantani ou d'un Hinault.

Mais c'est précisément cette efficacité clinique qui faisait sa force. Il ne gaspillait pas une calorie. Il ne prenait aucun risque. Il appliquait sa méthode avec une précision suisse.

L'héritage

Miguel Indurain est l'un des plus grands cyclistes de l'histoire. Ses cinq Tours consécutifs restent un record absolu. Aucun coureur, depuis, n'a réussi à enchaîner cinq Tours d'affilée (sauf Lance Armstrong avec sept, mais ses victoires ont été annulées).

Après sa carrière, Indurain est rentré dans sa Navarre natale. Il a ouvert un magasin de meubles. Il refuse les interviews. Il vit une vie discrète, loin des médias. Quand on le voit dans les courses (rarement), c'est en spectateur anonyme.

Il n'a jamais été impliqué dans une affaire de dopage. Aucun contrôle positif. Aucune révélation post-carrière. Il fait partie des rares coureurs de cette époque dont le palmarès n'est pas remis en question.

Les cinq Tours d'Indurain restent intacts. Le record absolu d'un Espagnol qui ne disait rien, qui ne souriait presque jamais, mais qui pédalait comme un dieu.