Entre 2009 et 2012, Mark Cavendish accomplit l'impossible : il gagne quatre années de suite le sprint final du Tour de France sur les Champs-Élysées. Aucun sprinter, dans l'histoire, n'a réalisé une telle domination sur cette arrivée mythique.

Le coureur improbable

Mark Cavendish vient de l'île de Man, un petit territoire entre l'Irlande et l'Angleterre. À 1m74 et 70 kg, il n'a pas le gabarit imposant des sprinters classiques. Mais il a une particularité : un punch hors norme dans les 200 derniers mètres, et une intelligence tactique unique.

Il émerge dans le peloton professionnel à partir de 2007, dans l'équipe Columbia. À 22 ans, il commence à gagner des étapes de grands tours. Mais son sacre comme "meilleur sprinter du monde" se fera au Tour de France.

2008 — Premier sacre

Dans son premier Tour, en 2008, Cavendish gagne quatre étapes. C'est exceptionnel pour un sprinter de 23 ans. Mais il abandonne le Tour dans les Pyrénées pour préparer les Jeux Olympiques. Il ne finit pas la course.

Les Champs-Élysées 2008 sont gagnés par Gert Steegmans, le Belge.

2009 — La première fois sur les Champs

En 2009, Cavendish revient au Tour avec une équipe HTC-Columbia parfaitement organisée pour ses sprints. Six étapes plus tard, il est en jaune ? Non, mais il a déjà accumulé des victoires. Il vise le sprint des Champs-Élysées.

Le 26 juillet, dans la 21ème étape, il gagne le sprint avec une autorité écrasante. C'est sa première victoire sur les Champs. Il en fera quatre consécutives.

2010 — La deuxième

L'année suivante, l'équipe HTC-Columbia met en place sa machine à laver le sprint. Cavendish a comme "poisson-pilote" Mark Renshaw, l'Australien le plus rapide du peloton. Renshaw lance le sprint, Cavendish suit la roue, surge à 200 mètres, et écrase la concurrence.

C'est la deuxième victoire consécutive de Cavendish sur les Champs-Élysées. Une seule personne avant lui avait fait ça : Robbie McEwen en 1999. Mais McEwen n'avait pas répété l'exploit ensuite.

2011 — La troisième

En 2011, Cavendish change d'équipe et arrive chez Sky. Son entraîneur, Rod Ellingworth, est obsédé par le détail. Chaque sprint est répété en entraînement, modélisé, optimisé.

Le 24 juillet 2011, Cavendish gagne pour la troisième fois consécutive sur les Champs. Il bat Edvald Boasson Hagen, son équipier. Cette même année, il remporte aussi le maillot vert (classement par points).

2012 — La quatrième

Le 22 juillet 2012, Cavendish est à la lutte avec Peter Sagan pour le maillot vert. Il a perdu cette bataille. Mais il vise une quatrième victoire consécutive sur les Champs.

Dans une étape complexe, marquée par un orage qui mouille le pavé parisien, Cavendish s'impose à nouveau. C'est sa quatrième victoire consécutive sur les Champs-Élysées. Personne, jamais, n'avait fait ça.

Les autres victoires

En parallèle, Cavendish accumule les victoires d'étapes au Tour. À la fin de sa carrière (qui se prolonge encore en 2024), il aura gagné 35 étapes du Tour de France. Soit le record absolu, à égalité avec Eddy Merckx.

Il gagnera aussi le maillot vert en 2011, le Championnat du Monde sur route en 2011, et plusieurs autres classiques. Mais sa marque de fabrique reste les sprints des Champs-Élysées.

La technique

Ce qui rend Cavendish unique, c'est sa technique. Il sait "lire" un sprint comme personne. Il anticipe les mouvements de ses adversaires. Il choisit la meilleure roue à suivre. Il déclenche son effort exactement au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard.

Il a aussi un punch dans les 100 derniers mètres que peu de sprinters peuvent rivaliser. Quand il accélère vraiment, c'est explosif.

L'héritage

Mark Cavendish est, statistiquement, le plus grand sprinter de l'histoire du Tour de France. Avec ses 35 étapes (en partage avec Merckx), il a réécrit l'histoire de la discipline. Son record sur les Champs-Élysées (4 victoires consécutives) ne sera probablement jamais battu.

En 2024, à 38 ans, il a gagné sa 35ème étape du Tour, dépassant le record de Merckx (qui en avait 34). Symboliquement, le passage de témoin était fait : un sprinter pouvait égaler le "Cannibale".