Eddy Merckx est, statistiquement et symboliquement, le plus grand cycliste de l'histoire. Son palmarès défie l'imagination : 525 victoires professionnelles, 5 Tours de France, 5 Giros, 1 Vuelta, 7 Milan-San Remo, 5 Liège-Bastogne-Liège, 3 championnats du monde. Pas un coureur après lui ne s'en est approché.
L'enfance belge
Edouard Louis Joseph Baron Merckx naît le 17 juin 1945 à Meensel-Kiezegem, en Belgique. Son père tient une épicerie. Le jeune Eddy commence à pédaler dans la cour de la boutique, en livrant des marchandises.
À 16 ans, il rejoint un club cycliste. Il est repéré rapidement pour son talent exceptionnel. À 17 ans, il gagne le championnat de Belgique amateur. À 19 ans, il est champion du monde amateur en 1964.
En 1965, à 20 ans, il passe professionnel chez Solo-Superia. Sa carrière démarre.
Le surnom
Le surnom "Cannibale" lui vient en 1969. Il a déjà gagné plusieurs grandes courses (Milan-San Remo, Paris-Roubaix). Il s'apprête à participer à son premier Tour de France.
Un coureur français du peloton, Christian Raymond, le surnomme "Cannibale" pour son insatiable appétit de victoires. Merckx voulait gagner toutes les étapes, tous les sprints, tous les classements. "Il veut tout manger", disait Raymond. Le surnom est resté.
Le Tour 1969 — La domination absolue
Dans son premier Tour, Eddy Merckx fait quelque chose qu'aucun coureur n'avait fait : il rafle tous les classements. Maillot jaune (général), maillot vert (sprints), maillot à pois (montagne), classement par équipe.
Il gagne 6 étapes. Il finit le Tour avec 17'54 d'avance sur le deuxième. Il fait des raids comme celui de l'étape Luchon-Mourenx (130 km en solitaire dans la haute montagne).
Mais cette domination a un coût. À l'arrivée, Merckx pèse 7 kilos de moins qu'au départ. Son médecin déclare publiquement : "Si Eddy continue à ce rythme, il va se tuer."
La domination des grands tours
Entre 1969 et 1974, Merckx gagne 5 Tours de France et 5 Giros. Soit 10 grands tours en 6 ans. C'est inégalé.
- Tour 1969 : 17'54 d'avance
- Giro 1970 : Domination écrasante
- Tour 1970 : Deuxième sacre, plus compliqué
- Tour 1971 : Bataille avec Lucien Van Impe
- Tour 1972 : Quatrième Tour, à 27 ans
- Tour 1974 : Cinquième Tour, égalité avec Anquetil
Ce sont les fameuses 5 victoires consécutives sans manquer un Tour qu'il a participé.
La défaite du Puy-de-Dôme — 1975
En 1975, à 30 ans, Merckx vise le sixième Tour. Il l'aurait probablement gagné. Mais sur le Puy-de-Dôme, un spectateur le frappe au foie d'un coup de poing brutal. Le lendemain, il chute violemment et se casse la mâchoire.
Malgré ces blessures, il continue. Mais il ne peut plus suivre Bernard Thévenet dans les Alpes. Il finit deuxième, à 2'47 du Français.
C'est sa première vraie défaite mémorable. Et la fin de son ère de domination.
La fin de carrière
Merckx essaie encore en 1977. Il finit 6ème du Tour, blessé et fatigué. En 1978, il abandonne au Tour des Asturies. Il met fin à sa carrière à 33 ans.
Le palmarès final est ahurissant : 525 victoires professionnelles. Aucun coureur, avant ou après, n'a égalé ce nombre. Le deuxième dans l'histoire est Mario Cipollini avec 191 victoires. Soit moins de la moitié.
Les 7 records du Tour
Merckx détient plusieurs records du Tour de France qui sont toujours debout (ou viennent d'être égalés) :
- 5 victoires au général (égalé par Anquetil, Hinault, Indurain — annulé pour Armstrong)
- 34 étapes gagnées (battu par Mark Cavendish en 2024 avec 35)
- 96 jours en jaune (record absolu, jamais battu)
- 4 victoires consécutives (égalé seulement par Anquetil et Indurain)
- 3 "triples" mondiaux dans une saison (Tour + Giro + Championnat du Monde)
Le style
Merckx avait un style unique. Il roulait en danseuse même sur le plat, ce qui agace beaucoup d'entraîneurs modernes (perte d'efficacité). Mais c'est ce qui lui donnait sa puissance.
Il pouvait rouler tout : monter en montagne, sprinter, faire un contre-la-montre, classer dans les classiques. Pas un spécialiste, mais un coureur complet absolu.
Le palmarès des grands tours
- Tours de France : 5 (1969, 1970, 1971, 1972, 1974)
- Giros : 5 (1968, 1970, 1972, 1973, 1974)
- Vueltas : 1 (1973)
11 grands tours. Personne ne l'a jamais égalé.
Les classiques
- Milan-San Remo : 7 victoires (1966, 1967, 1969, 1971, 1972, 1975, 1976)
- Paris-Roubaix : 3 victoires (1968, 1970, 1973)
- Liège-Bastogne-Liège : 5 victoires
- Tour des Flandres : 2 victoires
- Lombardie : 2 victoires
- Championnat du Monde sur route : 3 victoires (1967, 1971, 1974)
Merckx a tout gagné. Tout. C'est ce qui le distingue.
L'héritage
À 79 ans (2024), Eddy Merckx vit en Belgique, dans la maison qu'il a construite avec ses gains de coureur. Il est devenu Baron de Merckx en 1996, anobli par le roi Albert II. Sa marque de vélos (Eddy Merckx Cycles) est l'une des plus prestigieuses au monde.
Il est régulièrement présent au Tour de France. Sur le podium des départs, il salue les coureurs modernes. Il est l'icône absolue du cyclisme.
Eddy Merckx n'a jamais été impliqué dans une affaire de dopage post-carrière. Mais une histoire trouble : en 1969, il avait été contrôlé positif aux amphétamines au Giro d'Italie. Il avait protesté son innocence ("sabotage"). L'affaire avait été relativement étouffée.
Mais cela n'enlève rien à sa stature. À l'époque, le dopage était partout. Merckx, comme tous les autres, était dans cette réalité. Mais ses 525 victoires et son palmarès écrasant restent uniques.
Le Cannibale a régné 10 ans. Personne ne l'a remplacé. Et personne ne le remplacera probablement jamais.