Le col de la Croix de Fer n'est pas le col le plus connu du Tour de France. Il n'est pas dans le top 5 des cols mythiques. Mais ceux qui l'ont gravi en gardent un souvenir indélébile : c'est l'un des cols les plus longs et les plus difficiles des Alpes françaises.
La géographie
La Croix de Fer relie la vallée de la Romanche (côté ouest, vers Bourg-d'Oisans et l'Alpe d'Huez) à la vallée de la Maurienne (côté est, vers Saint-Jean-de-Maurienne).
Le versant ouest, le plus emprunté par le Tour, fait :
- 30 km au total
- De Bourg-d'Oisans : 25 km à 5% de moyenne
- De La Garde : 22 km à 6,5% de moyenne
C'est une montée longue, irrégulière, avec des plats et des passages très raides (jusqu'à 11%). Les coureurs ne peuvent jamais relâcher.
Au sommet, on découvre une grande croix de fer (d'où le nom du col) sur fond de paysage alpin grandiose. Les sommets enneigés des Aiguilles d'Arves et du Pic de l'Étendard se dressent au sud.
Le premier passage — 1947
La Croix de Fer entre dans le Tour de France en 1947, soit beaucoup plus tard que d'autres cols mythiques (le Tourmalet en 1910, le Galibier en 1911). Pourquoi cette tardiveté ? La route a été longtemps en mauvais état, peu adaptée à la course.
Le premier passage est en 1947. Jean Robic (le futur vainqueur du Tour) franchit le sommet. Depuis, la Croix de Fer a été franchie une trentaine de fois. Moins que d'autres cols, mais avec un caractère reconnu.
La douleur de la longueur
Ce qui rend la Croix de Fer particulière, c'est sa longueur. 30 km de montée, c'est exceptionnel. Le Tourmalet fait 19 km. Le Galibier fait 18 km depuis le Lautaret. La Croix de Fer fait 30 km.
Cette longueur change tout. Les coureurs ne peuvent pas jouer le sprint final comme dans une montée courte. Il faut gérer ses efforts sur la durée. Il faut un peloton équipé d'eau, de nourriture, de vêtements de pluie. C'est une montée de fond, comme un mini-marathon.
Pantani 1998 — Le Galibier après la Croix de Fer
Le 27 juillet 1998, dans l'étape mythique du Galibier sous la pluie, Marco Pantani avait d'abord gravi la Croix de Fer. C'est dans cette ascension que il a commencé à se montrer, à imposer un rythme infernal.
La Croix de Fer a fragilisé ses adversaires. Quand est venu le moment d'attaquer dans le Galibier, ils étaient déjà fatigués. La Croix de Fer a fait le travail de préparation pour le grand exploit du Galibier.
L'enchaînement avec d'autres cols
La Croix de Fer est rarement franchie seule. Elle est souvent enchaînée avec d'autres cols dans la même étape :
- Croix de Fer + Galibier (étape mythique)
- Croix de Fer + Mollard (Tour 2002)
- Croix de Fer + Mont du Chat (variantes alpines)
Dans les étapes alpines à plusieurs cols, la Croix de Fer joue souvent le rôle de "moulinette". Elle réduit le peloton, fragilise les coureurs faibles, prépare le terrain pour les attaques décisives plus tard.
Les vainqueurs au sommet
Les vainqueurs au sommet de la Croix de Fer sont moins emblématiques que ceux du Tourmalet ou de l'Alpe d'Huez, mais incluent :
- Charly Gaul (1958) : dans son raid mythique sous la pluie
- Federico Bahamontes (1959) : l'année de sa victoire au Tour
- Lucien Van Impe (1976) : un autre grimpeur belge
- Richard Virenque (2003) : pendant son Tour avec maillot à pois
- Marco Pantani (1998) : prélude au Galibier
La grande croix
Au sommet du col, une grande croix de fer (environ 5 mètres de haut) se dresse. Elle a été installée au XIXe siècle, à l'époque où les habitants du col plantaient des croix pour marquer les sommets et invoquer la protection divine pour les voyageurs.
La croix est devenue le symbole du col. Quand on franchit le sommet, on passe devant cette croix, comme un repère, un signal. Les coureurs ne s'arrêtent pas pour la regarder, mais ils savent qu'ils sont passés.
Un refuge a été construit au sommet, avec un petit restaurant pour les cyclotouristes. C'est l'un des plus hauts restaurants des Alpes françaises.
Le tourisme cycliste
La Croix de Fer est devenue un grand col du tourisme cycliste. Mais à cause de sa longueur (30 km), c'est un défi. Beaucoup de cyclotouristes le redoutent.
Les options sont multiples. On peut faire la "Marmotte" : la grande boucle de cyclo-sportive qui inclut la Croix de Fer + le Glandon + l'Alpe d'Huez. C'est l'un des défis les plus durs du cyclo-tourisme français.
L'aura discrète
La Croix de Fer n'a pas l'aura immédiate du Tourmalet ou de l'Alpe d'Huez. C'est un col plus discret, plus sauvage, moins photographié. Mais ceux qui le connaissent l'aiment précisément pour ces qualités.
C'est le col qui dit : "Le Tour, ce n'est pas seulement les arrivées au sommet glamour. C'est aussi 30 km de souffrance dans des paysages sauvages, à passer devant une croix de fer plantée là il y a 200 ans."
Quand le Tour passe par la Croix de Fer, il passe par l'âme des Alpes. Pas par sa carte postale. Par sa réalité brute.