Le 12 juillet 1964, sur les pentes du Puy-de-Dôme, le Tour de France offre l'une des images les plus iconiques de son histoire. Deux hommes, deux styles, deux France. D'un côté Jacques Anquetil, le maître normand, déjà quadruple vainqueur du Tour, distant et clinique. De l'autre Raymond Poulidor, l'éternel second, le préféré du peuple, le "Poupou" des cafés et des champs.
Le contexte
À l'aube de cette 20ème étape, Anquetil porte le maillot jaune avec 56 secondes d'avance sur Poulidor. Le contre-la-montre du Puy-de-Dôme, mythique et redouté, va départager les deux hommes. Anquetil est diminué : il a passé une nuit difficile, malade, et certains de ses proches l'ont même imploré d'abandonner. Mais l'homme qui ne cède jamais ne cède pas.
L'ascension
Le peloton attaque les pentes du volcan d'Auvergne sous une chaleur écrasante. Très vite, Poulidor place une accélération. Anquetil suit, dents serrées, visage fermé. Pendant plus de cinq kilomètres, les deux rivaux roulent côte à côte, à se toucher les épaules. Pas un regard, pas un mot. Juste la respiration sifflante des cyclistes au bord de la rupture.
Le photographe Roger Krieger capture l'instant. Anquetil sur la gauche, Poulidor sur la droite, leurs roues tournant à l'unisson sur l'asphalte brûlant. Cette image fera le tour du monde.
Le verdict
À trois kilomètres du sommet, Poulidor parvient enfin à lâcher Anquetil. Il franchit la ligne avec 42 secondes d'avance. Mais ce n'est pas assez. Le maître normand a sauvé son maillot jaune pour 14 secondes. Il remportera son cinquième et dernier Tour de France quelques jours plus tard à Paris, ce qui constitue alors un record absolu.
L'héritage
Poulidor, lui, ne gagnera jamais le Tour. Huit fois sur le podium, jamais sur la plus haute marche. Mais cette photo du Puy-de-Dôme, c'est sa victoire à lui. Elle dit tout du sport, de la rivalité, de la grandeur des perdants magnifiques. Quand Poulidor disparaît en 2019, c'est cette image que les hommages reprennent. Anquetil et lui, condamnés pour l'éternité à pédaler ensemble sur les flancs d'un volcan endormi.