Le 4 juillet 1952, le Tour de France arrive pour la première fois au sommet de l'Alpe d'Huez. La station de ski iséroise n'avait jamais accueilli un événement sportif majeur. C'est Fausto Coppi qui inscrit son nom au palmarès comme premier vainqueur. Le mythe est né.

L'idée folle

En 1952, l'Alpe d'Huez est une petite station de ski naissante. Les organisateurs du Tour, à la recherche de nouveaux paysages, choisissent cette montée pour la 11ème étape. Ils veulent une arrivée au sommet. La montée fait 13,8 km. C'est court. Mais c'est dur : 8,1% de moyenne. Et ça monte par 21 lacets bien marqués. Sur le papier, ça peut faire un beau spectacle.

L'attaque de Coppi

La 11ème étape, Bourg-d'Oisans-Alpe d'Huez, est courte (266 km, ce qui est court pour l'époque) mais avec une fin redoutable. Fausto Coppi, le campionissimo italien, est en bonne forme. Il a déjà gagné plusieurs Tours d'Italie.

Dans les premiers lacets, Coppi se met à attaquer. Il est seul à imposer un rythme infernal. Le peloton se désagrège. Fausto Coppi, élégant comme à son habitude, monte avec son style fluide. À l'arrivée, il a 1 minute 20 sur le deuxième. La victoire est nette.

L'oubli

Étonnamment, l'Alpe d'Huez est oubliée pendant 24 ans. Le Tour de France ne revient pas avant 1976. Pendant ce quart de siècle, la station continue son développement, mais sans bénéficier de la renommée du Tour.

Pourquoi cet oubli ? Probablement parce que les organisateurs ne voyaient pas d'intérêt particulier à cette montée. D'autres cols, d'autres stations leur paraissaient plus prestigieux. Mais le succès relatif de l'arrivée 1952 avait planté la graine.

Le retour de 1976

En 1976, le Tour décide de remettre l'Alpe d'Huez au programme. C'est un succès retentissant. Le néerlandais Joop Zoetemelk gagne. Et cette fois, l'Alpe ne quittera plus le calendrier du Tour. Les 21 lacets deviendront mythiques. Le "Dutch Corner" (virage 7, occupé chaque année par les supporters néerlandais) deviendra une institution. Le record d'ascension de Pantani (35'41 en 2000) sera la référence.

L'oubli de Coppi

Ironiquement, beaucoup de gens ne savent même pas que Fausto Coppi est le premier vainqueur de l'Alpe d'Huez. Ils citent Joop Zoetemelk (1976) ou Marco Pantani comme "premier". Mais c'est bien Coppi, en 1952. Sur les plaques apposées sur chaque virage de l'Alpe (qui rappellent les noms des vainqueurs), le virage 21 (le premier en bas) porte le nom de Coppi pour 1952.

L'héritage

Le Tour 1952 est l'un des grands Tours de Coppi. Il le remporte avec 28 minutes d'avance sur le deuxième, l'une des plus grandes marges de l'histoire. Cette victoire à l'Alpe d'Huez n'était qu'un détail dans son grand œuvre. Mais c'était un détail historique. Le détail qui a planté la graine d'une légende.

Fausto Coppi est mort en 1960, emporté par la malaria contractée en Afrique. Il n'a jamais eu connaissance de la légende qu'il avait contribué à créer à l'Alpe d'Huez. Mais à chaque édition du Tour, son nom est encore évoqué dans les premiers virages.