L'Alpe d'Huez est plus qu'un col. C'est une cathédrale. 21 lacets, des centaines de milliers de fans qui envahissent les flancs, des plaques commémoratives à chaque virage, et un palmarès qui ressemble à un Hall of Fame du cyclisme moderne. Quand on parle de l'Alpe, on ne parle pas que d'une montée. On parle d'une institution.

La géographie

L'Alpe d'Huez est une station de ski isère, à 1860 mètres d'altitude. Elle est accessible par une seule route depuis Bourg-d'Oisans :

  • 13,8 km de montée
  • 8,1% de pente moyenne
  • 21 lacets numérotés

Les pourcentages varient. Les premiers kilomètres sont les plus durs (jusqu'à 13%). La pente s'adoucit à mi-ascension. Le sommet est presque plat.

Les 21 virages sont numérotés en sens inverse de la montée (du 21 en bas au 1 en haut). Sur chaque virage, une plaque commémorative indique le numéro et le nom du vainqueur de l'année correspondante.

La première arrivée — 1952

L'Alpe d'Huez accueille pour la première fois une arrivée d'étape du Tour le 4 juillet 1952. Fausto Coppi attaque dans les premiers lacets et gagne. C'est la première victoire à l'Alpe.

Mais l'Alpe d'Huez est ensuite oubliée pendant 24 ans. Le Tour ne revient pas avant 1976. Pendant ce quart de siècle, la station continue son développement, mais sans bénéficier de la renommée du Tour.

Le vrai début — 1976

Le 13 juillet 1976, le Tour revient à l'Alpe d'Huez. C'est Joop Zoetemelk, le grand grimpeur néerlandais, qui gagne. C'est le vrai début de l'aventure. À partir de là, l'Alpe d'Huez devient un fixe quasi annuel du Tour.

Dans les années 1970-1980, les Néerlandais dominent l'Alpe :

  • Joop Zoetemelk (1976, 1979)
  • Hennie Kuiper (1977, 1978)
  • Peter Winnen (1981, 1983)
  • Steven Rooks (1988)
  • Gert-Jan Theunisse (1989)

C'est tellement systématique qu'on parle de "la montagne des Néerlandais". Les supporters orange envahissent les flancs du col chaque année.

Le Dutch Corner

Le virage 7 de l'Alpe d'Huez est devenu le "Dutch Corner" — le coin néerlandais. Chaque année, les supporters orange s'y rassemblent, parfois plusieurs jours avant la course.

L'ambiance est unique. Bière, drapeaux orange, chansons traditionnelles néerlandaises, fêtes nocturnes. Quand le Tour arrive, c'est une marée orange dans le virage 7. Les coureurs passent à travers une foule compacte, chantante, alcoolisée.

C'est devenu une institution. Aucun autre col du monde n'a un "corner" aussi célèbre.

Les arrivées mythiques

L'Alpe d'Huez a accueilli de nombreuses arrivées mémorables :

  • 1986 : Greg LeMond et Bernard Hinault franchissent la ligne main dans la main, dans un geste apparent de réconciliation après leurs querelles.
  • 1995, 1997, 2000 : Marco Pantani établit et bat son propre record d'ascension.
  • 2003-2008 : Lance Armstrong gagne plusieurs fois, mais ses victoires seront annulées pour dopage.
  • 2018 : Geraint Thomas gagne en jaune, en route vers son seul Tour.
  • 2022 : Tom Pidcock attaque dans la descente du Galibier et descend l'Alpe d'Huez à plus de 100 km/h, gagnant en solitaire.

Le record Pantani — 35:41

Le 16 juillet 1995, Marco Pantani établit le record de l'ascension : 36 minutes 40 secondes. Il monte les 13,8 km à 22,8 km/h de moyenne.

Il bat son propre record en 1997 (36'35), puis encore en 2000 : 35 minutes 41 secondes. Ce dernier temps n'a jamais été battu officiellement (Lance Armstrong y était proche en 2004, mais ses temps ont été annulés pour dopage).

Le record de Pantani est mythique. Il représente le sommet absolu de la performance dans l'ascension de l'Alpe d'Huez. Les coureurs modernes (Pogačar, Vingegaard) sont à 1-2 minutes de ce temps. Personne n'a réussi à le battre.

Le palmarès complet

Le palmarès de l'Alpe d'Huez compte les plus grands noms du cyclisme :

  • Fausto Coppi (1952)
  • Joop Zoetemelk (1976, 1979)
  • Hennie Kuiper (1977, 1978)
  • Bernard Hinault (1986)
  • Andy Hampsten (1992)
  • Marco Pantani (1995, 1997)
  • Iban Mayo (2003)
  • Carlos Sastre (2008)
  • Pierre Rolland (2011)
  • Christophe Riblon (2013)
  • Geraint Thomas (2018)
  • Tom Pidcock (2022)

C'est un "who's who" des grands grimpeurs.

La frénésie populaire

Les jours d'arrivée à l'Alpe d'Huez, plusieurs centaines de milliers de personnes s'entassent sur les flancs du col. La foule est si dense qu'on dit que c'est l'un des plus grands rassemblements sportifs gratuits au monde.

Les spectateurs arrivent souvent plusieurs jours avant. Ils campent dans les virages. Ils peignent leurs noms sur la route. Ils boivent, ils crient, ils encouragent.

Quand un coureur monte les derniers virages, la foule le pousse littéralement en avant. Les bras se tendent. Les cris sont assourdissants. C'est une expérience sensorielle indescriptible.

La station de ski

L'Alpe d'Huez est aussi une station de ski active. En hiver, elle accueille des milliers de skieurs. Les pistes descendent depuis le sommet (à plus de 3000 mètres pour les plus hautes).

Mais en été, c'est le cyclisme qui domine. Des dizaines de milliers de cyclotouristes amateurs montent l'Alpe chaque année. Tout le monde veut son selfie au sommet.

L'aura

L'Alpe d'Huez n'est pas le col le plus dur du Tour. Le Mont Ventoux est plus impressionnant. Le Galibier est plus haut. Le Tourmalet est plus historique. Mais l'Alpe a quelque chose que personne d'autre n'a : l'événement total.

Quand le Tour arrive à l'Alpe d'Huez, c'est plus qu'une étape. C'est un festival. C'est une cathédrale qui se remplit. C'est l'un des moments les plus forts du sport mondial.

L'Alpe d'Huez est le col qui a transformé le Tour de France moderne. Sans l'Alpe, le Tour serait moins spectaculaire, moins populaire, moins emblématique. C'est la cathédrale du cyclisme. Et chaque année, en juillet, elle accueille ses fidèles.