Le 13 juillet 1985, Bernard Hinault, le "Blaireau", entre dans la légende d'une manière sanglante. Au sprint d'arrivée à Saint-Étienne, il chute violemment. Le nez cassé, le visage en sang, il refuse d'abandonner. Et il continuera son Tour, qu'il remportera. Sa cinquième et dernière victoire.

Le contexte

À 30 ans, Bernard Hinault vise son cinquième Tour de France, ce qui l'égalerait avec Anquetil et Merckx. Il roule pour l'équipe La Vie Claire, dirigée par Bernard Tapie. Son lieutenant officiel est l'Américain Greg LeMond, qui a promis de l'aider en échange d'une réciprocité l'année suivante.

Le Tour 1985 commence bien pour Hinault. Il prend le maillot jaune dans le prologue. Tout va bien jusqu'à la 14ème étape.

La chute

L'étape arrive à Saint-Étienne. C'est un sprint de peloton. À 80 mètres de la ligne, Hinault est dans le groupe de tête, près de Patrick Pevenage et Eric Vanderaerden. Brusquement, dans un mouvement de peloton, deux coureurs se touchent et tombent. Hinault est entraîné dans la chute.

Il heurte le sol violemment, le visage en premier. Le nez se brise. Le menton est ouvert. Le sang coule. Mais le Breton se relève immédiatement, attrape son vélo, et termine l'étape les 80 derniers mètres.

À l'arrivée, il est aspergé de sang. Les images sont saisissantes. "On dirait qu'il sort d'un combat de boxe", commente la télévision.

L'opération nocturne

Le soir, Hinault est emmené à l'hôpital. Le nez est cassé en deux endroits. Il faut opérer. L'opération dure plusieurs heures. La question est : peut-il continuer le Tour le lendemain ?

Les médecins déconseillent. Bernard Tapie pousse pour qu'il continue. Hinault lui-même est déterminé. "Je ne vais pas abandonner pour un nez cassé", dit-il.

Le lendemain matin, il est au départ. Le visage protégé par un masque chirurgical, le nez bandé, il prend le départ et finit l'étape. Image surréaliste.

Le combat dans les Pyrénées

Dans les jours suivants, Hinault est diminué. Il a du mal à respirer. Greg LeMond, son équipier, est à 4 minutes au général. Et LeMond a les jambes pour gagner ce Tour. Il attaque même dans une étape pyrénéenne.

C'est là que le drame moral commence. L'équipe La Vie Claire ordonne à LeMond de revenir avec Hinault. "Ne fais pas la course", dit Tapie à LeMond par radio. L'Américain obéit, fou de rage. Il aurait pu gagner ce jour-là. Il sacrifie sa propre course pour son leader.

La victoire à Paris

Malgré son nez cassé, Hinault tient bon. Il défend son maillot jaune dans les Alpes. À Paris, il franchit la ligne en jaune avec 1'42 d'avance sur LeMond.

C'est sa cinquième victoire au Tour de France. Il égale Anquetil et Merckx. Personne, depuis, n'a fait mieux que ces cinq couronnes (sauf Armstrong, dont les sept Tours ont été annulés pour dopage).

La promesse à LeMond

À Paris, sur le podium, Hinault déclare publiquement : "L'an prochain, je rendrai à Greg ce qu'il m'a donné. Le Tour 1986 sera pour lui." La promesse fait sensation. C'est la première fois qu'un quintuple vainqueur annonce qu'il va aider son équipier l'année suivante.

Mais comme le verra le Tour 1986, cette promesse ne sera pas tenue. Hinault attaquera, harcèlera LeMond, jouera au chat et à la souris. L'Américain gagnera quand même, à la pugnace.

L'héritage

Le Tour 1985 est le dernier sacre français de l'ère moderne. Il faudra attendre... encore. Aucun Français n'a gagné le Tour depuis. Le "Blaireau" reste donc, pour l'instant, le dernier vainqueur français de l'histoire. Avec son nez cassé, son visage marqué, son courage de fer. Bernard Hinault, l'homme qui ne cédait jamais, même quand il aurait dû.